C'est une tâche ardue que de pitcher Devil Story. Alors, plutôt que d’essayer de démêler cette histoire de tueur-démon nazi et de prophétie occulte chevaline, attaquons-nous au vrai mystère : comment un truc pareil a-t-il pu voir le jour ? Après quelques pornos aux titres aussi croustillants que Lâchez les Chiennes ou Partouzes Franco-suédoises, le réalisateur Bernard Launois veut passer à la vitesse supérieure. L’horreur cartonne ? Parfait. Il va faire « mieux que les Américains ». Direction la Normandie. Budget : trois francs six sous. Ambition : Hollywood. Résultat : pâté en croûte. Le tournage part rapidement à volo, notamment à cause du caractère imbuvable de son réal. Les techniciens et comédiens foutent le camp les uns après les autres et Bernanard se retrouve avec 55 petites minutes de rushs « exploitables ». Pas grave : il utilisera TOUT. Et pour atteindre péniblement la durée d’un long-métrage, il retourne des scènes dans les bois avec des membres de sa famille, probablement enrôlés à grands coups de chantage affectif. De ce gigantesque accident industriel naîtra l’un des plus beaux nanars du cinéma français. Un chef-d’œuvre de chaos dont Bernard Launois, jusqu’à sa mort début 2026, restera pourtant convaincu d’une chose : le problème, ce n’était pas son film, c’était nous qui n’avions rien compris.