En 2000, au Canada, John Fawcett et Karen Walton signaient ce qui allait devenir l’un des films d’horreur les plus percutants et novateurs du début du millénaire. En faisant de la lycanthropie une métaphore frontale, sanglante et brillante de la puberté, Ginger Snaps parle avec une justesse rare du corps qui change, du désir, de la honte, de la colère, et de tout ce que l’adolescence féminine peut avoir d’incontrôlable aux yeux d’une société obsédée par la normalité. Porté par Katharine Isabelle et Emily Perkins, formidables entre blasage teen et émotions à vif, le film trouve un équilibre parfait entre humour noir, spleen adolescent et horreur viscérale. Sa BO saturée de néo-metal et de riffs abrasifs, ses effets pratiques déments, son discours rare et ses dialogues acérés sont autant d'ingrédients d'un cocktail artistique ultra-riche impossible à résumer en quelques lignes. Aujourd'hui, Ginger Snaps n’a rien perdu de sa puissance et demeure un film culte et essentiel, qui comprend que le monstre n’est pas seulement celui qui mord, griffe et tue, mais aussi celui qui refuse d’écouter et de voir celles qui changent.