Tourné en 2006 avec 30 000 dollars, Megan is Missing ne sortira aux États-Unis que cinq ans plus tard, son contenu extrême ayant longtemps rebuté les distributeurs. Le film est réalisé par le chef op Michael Goi qui affirme avoir voulu dénoncer les dangers d’Internet et des prédateurs qui y rôdent. Pour cela, il prit une approche radicale : mettre les deux pieds dans le plat, et, à vrai dire, tout le reste du corps avec. Hypersexualisation des adolescentes, démolition du mythe de la "victime parfaite", portrait écœurant d’un patriarcat qui conditionne les jeunes filles dès l’enfance... Le film brasse tout cela avec une volonté de dénonciation passant par des images d’une brutalité frontale et insoutenable. Longtemps resté le terrain des traqueurs et traqueuses de cinéma extrême, Megan is Missing refait surface en 2020 via une résurgence virale sur TikTok, où une nouvelle génération de spectateur·ices découvre cette œuvre-choc. Film malhonnête exploitant la violence qu’il prétend dénoncer, ou œuvre nécessaire dont la brutalité constitue précisément le cœur du propos ? Megan is Missing se situe sans doute quelque part entre les deux. Une chose est sûre : si vous cherchez de la "shock value" à consommer entre amis, pizza et bière à la main, passez votre chemin. Ici, rien de ludique, c’est l’anti-Braindead, avec déprime garantie à la sortie. Et si vous ne vous sentez pas prêt·e, le plus sage est peut-être simplement de ne pas le regarder.