Inspiré par la tuerie de Columbine, Zero Day prend la forme du journal vidéo de deux adolescents planifiant méthodiquement une attaque armée sur leur lycée. À l’opposé de l'exercice de style d’Elephant de Gus Van Sant, Ben Coccio choisit la sécheresse du réel, ou plus exactement l’illusion glaçante de sa capture immédiate. À travers les images tournées par les personnages eux-mêmes, le film montre la banalité d’un quotidien adolescent se fissurer peu à peu, jusqu’à laisser surgir l’impensable. En adoptant, avec le found footage, une forme de dépouillement radical, Zero Day supprime tout refuge esthétique : il ne reste que des faits, des visages, des gestes, et l’effroi d’une violence qui semble émerger du néant. Profondément triste, terrifiant de bout en bout, le film imprime ses images dans la rétine avant de s’enfoncer dans l’esprit avec un final d’une horreur absolue. Parce qu’il refuse le sensationnalisme autant que les explications simplistes, Zero Day touche à quelque chose de plus vertigineux encore : l’opacité même de la violence humaine.