Cette petite pépite un peu oubliée trouve ses origines sous la plume de Jim Thompson, auteur de romans noirs cultes et scénariste pour Kubrick aux débuts de la carrière du cinéaste. Thompson est surtout connu en France pour des adaptations tricolores de ses écrits : Série Noire d’Alain Corneau et Coup de torchon de Bertrand Tavernier. Ce dernier adapte l’excellent 1275 Âmes (publié en 1964), qui est une variation sur Le Démon dans ma Peau (1952), dont s’inspire ici Michael Winterbottom. Dans les deux cas, nous suivons un shérif de petite ville bien sous tous rapports qui cache en fait une âme de sociopathe profitant de l’impunité que lui offre sa position pour assouvir ses bas instincts. Casey Affleck apporte une impressionnante dose d’ambiguïté à ce personnage foncièrement détestable qui ne cesse de mettre le spectateur dans une position morale inconfortable, sans lésiner sur une violence frontale et un érotisme sulfureux. Observation aussi féroce que distanciée des abus de pouvoir et de leurs effets sur les femmes, The Killer Inside Me est de ces films qui vous enjoignent discrètement à aller prendre une douche après visionnage pour vous laver de toute cette noirceur qui colle à la peau.